Je vous avais prévenu, nous allons vers les complications.

Mais, en matière comptable, la complication c'est le sel du plat.

Vous vous trouvez donc devant un compte de résultat et un bilan qui affiche tel bénéfice ou telle perte, alors il va falloir vous mettre dans la peau des autres:

  -celle du banquier qui veut de la solidité et se contrefout des conséquences fiscales,

  -celle du fisc qui ne veut que de la régularité contributive,

  -celle de votre porte monnaie qui ne compte pas désenfler d'un coup.

et il va falloir concilier tout le monde...

Je vais peut être un peu trop vite avec vous mais même pour paramétrer un plan comptable et des journaux, il faut savoir à quoi ça sert et quel est le but ultime de tout ce travail.Et, même si je reste généraliste, je voudrais vous faire goûter un peu au résultats que vos efforts vous permettront d'atteindre.

Alors, ne prenez pas tout à la lettre mais réalisez au combien la formation comptable peut vous conduire dans de gais pâturages.

Paradoxalement, je vais presque commencer par la fin : les comptes que vous avez sous les yeux affichent la résultat avant toute écriture de type "fiscal" (amortissements et provisions notamment). Ce résultat dépend de la forme juridique d'exploitation que vous avez choisie : dans une exploitation en nom propre, c'est le résultat de l'exploitant. Dans une société, les salaires des dirigeants sont déjà déduits et ceux des gérants majoritaires peuvent être estimés, dans un premier temps, à leur niveau habituel.

C'est à partir de ce résultat que je vous recommande de calculer votre dette fiscale et sociale potentielle et récurrente car, autant que vous fassiez jouer les amortissements et autres dépréciations, vous ne ferez que repousser le problème sans le résoudre.

On ne compte plus le nombre d'entreprises qui "provisionnent" des primes de bilan ou qui découvrent régulièrement les bénéfices fiscaux de l'amortissement dégressif mais ces "rustines" ne marchent que ponctuellement et ne résolvent le problème que s'il est lui aussi ponctuel.

Tant vaut une bonne fois pour toute se dire : "mon résultat normal" c'est à peu près ça et au lieu de trouver des parades illusoires, je cherche une stabilité beaucoup plus propice à une bonne gestion.Ce truc marche dans tous les sens et rien ne sert de se voiler la face que ce soit face aux bénéfices ou face aux pertes.

Je vous l'ai dit, je commence presque par la fin parce que, si vous n'êtes pas bien dans vos sabots, c'est que vous vous êtes trompés de sabots. Et si tous les ans, le problème se reproduit, c'est décidément l'application, à la lettre, de la politique de l'autruche, politique par ailleurs largement répandue et dont la seule issue est très souvent de regarder comment ça se passe chez le voisin (c'est le pré qui plus vert). 

Là hélas, je parle d'expérience car il est hallucinant de voir combien d'entreprises n'ont pas  le statut juridique qui convient à leur performance, combien sont sous-dimensionnées ou sur-dimensionnées et il est encore plus hallucinant de constater les dégâts occasionnés par la mauvaise taille des sabots dont je parlais plus haut.

Je ne m'égare pas contrairement à ce qu'il peut paraître parce que l'établissement des comptes annuels ne peut être "constructif" que si votre boutique a déjà chaussé les bons souliers.Dans le cas contraire, tout établissement de comptes relève de pirouettes qui minimisent le mauvais choix initial.

Admettons que notre compte (voir plus haut) ai été établi par quelqu'un de bien campé dans ses souliers :

- le résultat " normal " est de........................................200.000

- les amortissements (d'après le plan).............................10.000

- le stock difficilement dépréciable (donc 0)

- la machine à changer (pas de déduction possible)

- les clients sont douteux mais pas suffisamment pour faire l'objet d'une provision.

Le résultat est donc de 190.000 et engendre un impôt sur les sociétés de 53.000 (ne vérifiez pas, c'est au pif)  ou un impôt sur le revenu de 22.000 (vous ne pouvez pas vérifier, je ne vous ai pas parlé des gosses) et des charges sociales personnelles de 50.000 (du pif toujours).

Nous avons supposé qu'en société ou à titre personnel, notre bonhomme est bien "calé" dans sa position; dans ce cas, il a déjà payé la quasi totalité de l'impôt sur les sociétés ou de l'impôt sur le revenu, il est peut être même légèrement créditeur (idem pour les charges); en clair, il ne touche pas sa trésorerie et c'est déjà beaucoup.

Je pense à la fois être allé un peu trop loin et à la fois vous avoir fait toucher du doigt l'ultime utilité de la comptabilité, celle qui permet des choix à court et long terme, choix dont l'avenir de votre boutique peut dépendre.

Pourléchez vous les babines, je vais redevenir terre à terre et, puisque nous parlions d'amortissements, je vais vous dire comment ça se calcule.

La prochaine fois....