Et oui, pour commencer la lecture d'un bilan, il faut aller voir ce qui ne relève pas des "opérations courantes" pour en éliminer le caractère "falsificateur".

Vous allez dire que j'exagère mais que penseriez vous d'un état de fin d'année qui fait ressortir 50.000 de bénéfice et qui comporte 50.000 de produits exceptionnels ?

A mon sens, c'est, pour le mieux, un exercice à zéro.

Ces OD "de dernière minute" que l'on passe au gré du résultat sont celles qui interrogent le néophyte comptable, ledit néophyte ayant parfaitement le droit de s'intérroger en voyant le résultat "tituber" d'un coté à l'autre de la route au fur et à mesure des passation d'OD.

Parce que si vous êtes nombreux à m'avoir sollicité sur le journal d'OD, vous avez parfaitement assimilé, pour le moins, les OD courantes de centralisation et les OD réparatrices.

Par contre ces OD circonstancielles qui impactent directement le résultat vous restent encore indigestes.

C'est pourquoi je vous demande d'accorder une attention particulière aux comptes qu'elles mouvementent avant de vous lancer dans une lecture assidue d'un bilan dont l'essentiel peut être faussé par ces mouvements exceptionnels.

Je vous rassure d'emblée, la recherche des éléments exceptionnels est, en général, d'un simplicité biblique :

- allez voir les comptes 67xxxxx et les comptes 77xxxx

Les intitulés les plus fantaisistes existent mais peu importe le nom de baptême, la plus grande partie des mouvements de ces comptes relèvent d'opérations dont la contrepartie est dans un compte de bilan actif ou passif.

Je ne vous parle pas des innocentes "différences de règlement" qui soldent des écarts minimes sur les comptes clients, fournisseurs, TVA ou autres et qui se caractérisent par des montants dérisoires.

Je vous parle de ces opérations dont le libellé même est déjà douteux, du genre :

- "pour solde"

- "régularisation"

- "régul clients"

- "régul fournisseurs"

- ou tout simplement " perte exceptionnelle" ou "profit exceptionnel".

Ces opérations, issues du journal d'OD, vont se nicher dans les comptes pertes et profits exceptionnels ou pertes et profits sur exercices antérieurs.

Le plus souvent c'est dans cette deuxième catégorie qu'on les trouve et ce, pour une raison simple : c'est une question de "crédibilité comptable".

C'est tout bêtement pour dire: "voyez ! je me trompais avant (exercices antérieurs) mais maintenant j'assume et je n'ai pas d'erreur sur l'exercice !".

Allez donc savoir où se niche la susceptibilité du comptable ?

 

Toujours est il que ces comptes sont parfois de vraies "décharges" et que tout y traîne. Quelques exemples :

- des factures à recevoir jamais reçues (?),

- des créances maintenues jusqu'ici dans l'actif et soldées sans considération de TVA

- des extournes de produits à recevoir (?)

- des subventions perdues

- des fournisseurs qui, brutalement, ne réclament plus rien (?)

- des mises au rebut

- des "régularisations de tout poil (TVA , URSSAF, rémunérations dues, etc, etc...)

 

Si ces comptes sont chargés, il y a 3 explications principales :

- le résultat était trop bon ou trop mauvais et on a passé des OD en conséquence

- la comptabilité était "pourrie" et vous êtes tombé sur l'exercice ou les régularisations ont été faites

- la comptabilité est pourrie de manière chronique mais rafistolée de manière également chronique.

Dans tous les cas, mesurez l'impact de ces comptes et ne vous lancez pas dans la lecture d'un bilan dont le résultat est trop impacté par les mouvements exceptionnels.Attendez le prochain bilan ou le prochain arrêté pour vous faire une opinion.

Il serait bête d'apprendre à lire des comptes si c'est pour commencer par la lecture de comptes erronés.

Je ne peux pas vous mettre en garde sur les éléments exceptionnels sans vous mettre en garde sur les comptes 72xxxx, ceux dont l'intitulé est en général  "production de l'entreprise pour elle même" ou "production immobilisée".

Ces comptes sont alimentés par une OD simple qui consiste à débiter un compte d'actif de classe 2 (immobilisation) et à créditer lesdits comptes du même montant, contribuant ainsi à constater un bénéfice égal à celui de l'écriture passée.

Il n'y a rien d'irrégulier dans cette opération et elle est souvent légitime. Sauf...

quand ladite opération est constatée dans une entreprise en difficulté et que le résultat de l'OD est de passer d'une perte à un bénéfice.

Je reviens à mon exemple du début : si le bilan dégage 50.000 de bénéfice et que le compte "production immobilisée" soit de ce montant ou d'un montant supérieur, prenez de la distance et vérifiez le bien fondé de l'écriture.

Ce n'est pas dans mes habitudes mais je suis obligé de tenir compte du contexte et, par voie de conséquence, de vous compliquer un peu l'existence.

Il existe un "crédit d'impôt recherche" dont je ne vous donne pas le détail et les modalités mais qui a généré, dans beaucoup d'entreprise, une écriture jusqu'alors inconnue :

- débit   classe 2 " recherche et développement"                                    xxxxxxx

- crédit classe 72 " production immobilisée"                                                                 xxxxxxx

Allez savoir pourquoi ?