Nous n’allons pas nous voiler la face !

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L’analyse d’un bilan quel qu’il soit commence par la prise de connaissance de l’activité de la boutique dont on veut analyser ledit bilan.

Disons, pour résumer d’emblée qu’un développeur de logiciels novateurs a plus de chance de survivre qu’un fabricant de chaises à porteur.

Hors, tous les ratios, toutes les données calculées semblent avoir été faites pour être communes à tous ce qui ne lasse pas de me surprendre.

Je vais vous renvoyer au « dossier de gestion » de votre expert-comptable et vous verrez que les ratios d’indépendance financière, de crédit clients, de crédits fournisseurs, de capacité d’endettement, de délai de rotation des stocks, de solvabilité à court terme, etc., etc., sont calculés avec la même application que vous soyez boucher charcutier ou marchand de scoubidous.

En un mot, que ayez l’avenir devant vous et des débuts hésitants ou que vous soyez une gloire d’un passé révolu, un bébé laiteux ou un dinosaure avachi, vous aurez la même analyse et les mêmes conclusions.

Pour passer rapidement sur les conclusions, elles se résument généralement soit en quelques smileys, soit en quelques flèches qui vous indiquent la direction de l’enfer, du paradis ou de la sortie.

Et voilà, je commence mes chapitres sur l’analyse en vous disant que celle que vous avez appris à « digérer » jusqu’à ce jour est totalement dénuée d’intérêt.

Vous me connaissiez pénible, vous allez m’apercevoir sarcastique, mais, entre nous, croyez-vous vraiment qu’un avenir radieux et enchanteur s’ouvre aux fabricants de chaise à porteur, même si on ne fait guère plus écolo en matière de locomotion.

Parce que la première chose à analyser, ce n’est pas le bilan que vous avez sous les yeux mais l’activité qui en est le support.

 Commencer une démarche analytique en énumérant toutes sortes de ratios qu’ils soient « bons » ou « mauvais » c’est oublier de demander à quelqu’un son nom, son âge et sa profession et l’envoyer direct à une analyse du cholestérol. Ça bloque un peu la relation et ça restreint le cercle des connaissances.

Alors, soyez ouverts, renseignez-vous sur l’activité de « l’analysé », voyez comment elle a évolué et comment celle de ses congénères se comporte ; regardez si c’est dans l’air du temps ou si la boutique, héritée de l’arrière-grand-père, est figée dans une torpeur qui grignote lentement mais sûrement les réserves accumulées.

Après, mais seulement après, vous ferez des analyses au moyen de ratios que vous choisirez en fonction du « patient » et, peut-être, à l’issue de mon propos, vous saurez vous écarter avec prudence et clairvoyance des sempiternels ratios des banques et des non moins sempiternels ratios des dossiers de gestion intégrés à tous les logiciels comptables.

Je vais faire le vieux, mais dites-vous que la surcharge analytique stérile ne résulte que de la facilité informatique qui s’est considérablement développée au cours des 30 dernières années.

Pour en revenir à votre bilan, évitez de le convertir en %, en histogrammes et en fromages avant de vous demander si votre activité a un devenir, si elle doit évoluer et, dans ce cas, comment elle doit le faire.

Demandez-vous aussi, si vous êtes devant les comptes d’une année pourrie ou d’un cru exceptionnel avant d’établir des ratios « autorisés »et autres enluminures esthétiques mais totalement inutiles.

L’analyse doit servir la gestion et aider aux décisions qui la concernent ; en aucun cas, elle n’est faite pour flatter l’ego de l’analyste ou de son client ; donc, on continue comme avant et on reste simples pour ne pas devenir savants mais dépourvus d’utilité.

Je m’avance un peu parce que j’ai reçu beaucoup de questions concernant les liasses fiscales (2033 et 2050) et qu’il semble que ce soit une préoccupation pas universelle mais presque.

Je sais que les logiciels bancaires utilisent ces liasses pour déterminer la fiabilité des clients mais j’ai peur que l’appréhension de ces documents par des débutants soit un peu difficile dans un premier temps, lesdits documents n’étant exploitables analytiquement qu’accompagnés d’annexes relativement nombreuses et âpres à la lecture. C’est pourquoi, je vous conseille vivement de débuter l’analyse avec, sous les yeux, les bilans et SIG (soldes intermédiaires de gestion) sous leur forme comptable et non fiscale.

Mais rien n’est interdit !

Au fait, si vous fabriquez des chaises à porteur, je n’ai rien contre !